SAMAIN ET LES AUTRES FÊTES DE LA SAISON FROIDE


Une procession de masques ou de corps peints est un des rituels les plus universels. En Europe, ce sont les carnavals. Les communautés locales mettent en scène leur perception des forces primales cosmiques, en particulier celles qui demeurent sous terre pendant l’hiver. La procession symbolise l’intrusion dans notre monde du chaos vivifiant – tantôt bénéfique tantôt dangereuse. Le monde des esprits, incluant bien entendu les esprits des morts, surgit alors au sein de la communauté.


Un paradigme ancien

Les formes les plus anciennes de carnaval nous fournissent une clef pour comprendre un des paradigmes qui structurait la vie communautaire de l’Europe ancienne, parfois jusqu’à une date très récente au moins dans certaines régions reculées. En faisant ainsi face à ce qui constituait la force des rituels carnavalesques, il nous est difficile de ne pas nous demander comment nous pouvons encore nous nourrir de ces rites dont nous héritons, en ces temps de déstructuration générale où les rites traditionnels font de plus en plus défaut, ainsi que les communautés humaines authentiques elles-mêmes.


Avec l’aide de tous, chacun faisait autrefois l’expérience de sa propre présence au monde qui était ainsi affirmée à travers le rite. L’unité entre la communauté et le cosmos était mise en scène durant les festivités. Le lien qui unit les humains entre eux était célébré et renforcé. A travers le rituel, la communauté humaine trouvait la force de poursuivre le cycle de la vie au sein de cycles plus vastes.

Le monde des esprits et le Dieu-ours

Parce que sous nos climats l’année est rythmée par quatre saisons, l’Europe connaît quatre fêtes saisonnières : à la fin de l’hiver, du printemps, de l’été et de l’automne – lorsque la saison froide commence. Celle-ci est un peu dangereuse, à cause des frimas et des rigueurs qui surviennent alors, mais aussi assez paisible car le travail le plus dur se déroule pendant la saison chaude. L’hiver, c’est le temps de festoyer avec la nourriture a été stocké et avec les bêtes qui ont été choisies dans le cheptel pour être abattues. Lorsque le froid revient, on peut tuer les animaux sans danger. Ainsi, les carnavals de la saison froide avaient davantage de poids aux yeux de ceux qui les célébraient, et ces festivités saisonnières ont pu mieux survivre à des siècles de modernité.


Tel est le cas des réjouissances qui ouvrent la saison froide, notamment en Irlande, et connues sous le nom de Halloween depuis leur christianisation. C’est le temps de l’année où tombe les frontières entre le monde des esprits et le nôtre. Notre monde s’ouvre au chaos vivifiant de l’autre monde (le Sidh de la mythologie celtique). Cependant, deux formes différentes de ces festivités subsistent de nos jours en Europe. Sur le continent, ici et là, mais surtout dans les montagnes du Jura, on célèbre avec un grand banquet le moment de l’année à partir duquel il convient de commencer à tuer les cochons. La fête de la Saint Martin, le 11 novembre, donne le signal des réjouissances. De fait, Martin, ici, se manifeste comme le successeur du Dieu-ours européen (qu’il rencontre selon une légende). Le Dieu-ours disparaît sous terre, là où les esprits demeurent, pendant l’hiver, avant de revenir dans le monde des vivants lorsque l’hiver s’achève.

Qui nous étions autrefois

Les racines de ces rituels nous plongent dans nos diverses anciennes identités collectives ainsi que dans nos terreaux culturels lointains. Si les occidentaux ont tendance à se dispenser de savoir « qui l’on est », ignorer ce besoin mènent la communauté et les individus sur un chemin mortifère. Le destin de tant de peuples aborigènes le montre bien assez. Tirer profit des anciennes processions est sans doute difficile, mais l’expérience qui se tient au cœur des anciens rites n’est pas hors de portée, pas plus que ce qui les a autrefois engendrés. Leur sagesse, ou du moins certains de ses aspects, ne nous sont pas inaccessibles. En les découvrant, on peut alors faire l’expérience des éléments de rituels qui manquent à nos sociétés, au moins sous la forme d’un manque qui est aujourd’hui difficile de combler. En particulier, le puissant lien social qui était ainsi étayé ainsi que la relation pacifique avec la nature environnante qu’ils reflétaient, même lorsque celle-ci pouvait être perçue comme menaçante. Nous pourrions construire à partir de cela, au moins depuis une conscience renouvelée de ce qui fut un jour perdu.

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