L'IMMENSE PALETTE DES RITES



La ritualité proprement humaine s’étend sur immense une palette. Celle-ci se déploie du rite le plus simple au plus élaboré, et du plus familier au plus exceptionnel. Un geste quotidien comme le partage d’un repas — un des actes de sociabilité humaine par excellence — peut en fournir le canevas autant que la transe collective, ou les fureurs d’une fête transgressive. Ces rituels, si contrastés fussent-ils, possèdent une continuité qui tient à l’unicité de l’activité sociale humaine, cimentée par les interactions affectives et les échanges de signes.

Ce dynamisme collectif est partout : dans les rites cycliques saisonniers. Il anime aussi les rites de passage qui se déploient sur l’axe davantage linéaire de l’existence humaine : naissance, maturité, mariage, deuil (même si cet axe s’inscrit au final dans un cycle plus vaste de la vie et de la mort). Ou encore ces rituels plus ponctuels qui accompagnent avec un objectif thérapeutique un événement comme la maladie ou un drame potentiellement traumatique. L’outillage somatique dont dispose les humains est vaste. On peut le rassembler sous l’égide de la fête, que celle-ci soit joyeuse ou qu’elle ne le soit pas totalement.


Le rassemblement (un préalable obligatoire à tout rituel et déjà un rituel en lui-même), le repas, la boisson ou le jeûne, la danse, l’écoute d’un récit, le chant, la musique, la fête de manière plus générale, le dessin, l’immersion, la déambulation… Certains de ces outils nous paraissent peut-être davantage encore associés par nature aux rites, en tout cas aux formes rituelles les plus spectaculaires : ainsi les modifications corporelles, l’intoxication contrôlée, certains actes transgressifs, la mise en scène dramaturgique, se couvrir de masque, l’ordalie (souvent associés à des affrontements compétitifs), la prise de risque et les exploits physiques…

C’est justement lors des manifestations rituelles paroxystiques que l’être humain fait plus profondément l’expérience de son appartenance au groupe, de sa place dans le cosmos, et de l’énergie vitale particulière qui l’anime en cet instant, lorsqu’il frôle ou qu’il entre dans un état de conscience modifiée. L’étude des bénéfices des états dissociatifs de transe, ou proche de celle-ci, mérite certainement d’être considérablement approfondie, mais nous savons qu’ils existent.


Ces expériences paroxystiques sont ce que les peuples premiers décrivent comme l’irruption du chaos vivifiant au sein de l’ordre nécessaire mais desséchant du monde.


Ce chaos, c’est le monde des esprits, ceux-là mêmes dont la visite dans notre monde est mise en scène par les diverses représentations symboliques des esprits sauvages de la forêt, à la fois menaçants et bénéfiques, tel l’Homme sauvage des campagnes européennes.

Ces personnages constituent les figures centrales du phénomène universel que représente dans les cultures archaïques ce que nous connaissons en Occident depuis le Moyen âge sous le nom de Carnaval.

Texte : Matthieu Smyth,

Professeur d'Anthropologie, Université de Strasbourg

Photos : ©Claudia Tur-Fauquex

Illustration : Tanit Agency

Remerciements :

Exposition Masque du Lötschental au Musée Arts et Collection,

Avenue de la Gare 7, 3963 Crans-Montana, Valais/ Suisse

Fondation Bernard et Caroline de Wattewille

http://www.art-et-collections.ch

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